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Candidose mamaire D.A. n°38
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Dossiers de l'allaitement n°38

Le point sur la candidose mammaire


Elle est la cause la plus fréquente de douleur des mamelons survenant après un intervalle libre. La douleur qu’elle induit chez la mère peut compromettre l’allaitement en raison de son intensité ; il sera donc important de la diagnostiquer précocement, pour débuter rapidement le traitement. Ce dernier doit être suffisamment long ; étant donné les résistances de plus en plus fréquentes,
il pourra demander de la persévérance.

Le Candida albicans est un saprophyte ; présent sur la peau et les muqueuses, ainsi que dans le tube digestif, il fait partie de notre flore normale. Il ne devient pathogène que lorsque le niveau de nos défenses immunitaires est abaissé, qu’il y a rup-ture de l’intégrité de la peau ou des muqueuses, ou que la flore normale est déséquilibrée, ce qui l’amène à proliférer de façon anormale. La candidose est habituellement une pathologie bénigne. Le Candida albicans prolifère plus facilement dans un environnement obscur, chaud et humide. Il peut induire un muguet ou une dermite fessière chez le bébé. Un muguet chez l’enfant pourra, dans certains cas, contaminer les seins de la mère, pour provoquer une mycose des mamelons et/ou des canaux lactifères. Or, les candidoses sont plus fréquentes pen-dant la grossesse (en raison des changements hormonaux), et le muguet est très fréquent chez les nourrissons (car chez eux le fonctionnement des glandes salivaires et l’écoulement de la salive sont peu efficaces, ce qui favorise la prolifération locale du Candida).

L’existence des candidoses mammaires est connue depuis les années 40. Cependant, très peu d’études ont été effectuées sur cette pathologie, qui reste donc trop souvent méconnue. A noter : il n’est pas nécessaire de traiter la mère si elle ne pré-sente aucune manifestation douloureuse ; de très nombreuses mères dont le bébé souffre de muguet n’auront jamais de candi-dose mammaire.


Symptômes

· douleur intense des mamelons, apparaissant rapidement, généralement après une période de plusieurs semaines ou plu-sieurs mois sans problème ; on peut cependant voir survenir une mycose dès les premiers jours post-partum
· la douleur est continue pendant toute la tétée, même lorsque l’enfant est parfaitement mis au sein et que sa succion est correcte ; elle est même souvent plus intense à la fin de la tétée ; elle persiste entre les tétées, et peut rendre insupportable jus-qu’au simple contact des vêtements
· elle est le plus souvent à type de brûlure ; elle peut être localisée à la peau (sensation d’acide qui brûle le mamelon), mais la mère peut aussi décrire une sensation d’élancements rayonnants, de « feu liquide » ou de « verre pilé » à l’intérieur du sein ; la douleur peut irradier vers le dos et les épaules
· les mamelons peuvent être irrités, rose vif (ou d’une couleur plus foncée chez les femmes noires) ; ils peuvent peler, être crevassés, avoir un aspect croûteux, ou lisse et luisant, démanger ; mais ils peuvent aussi avoir un aspect tout à fait normal ; un seul sein peut être le siège de manifestations douloureuses
· le bébé peut avoir un muguet ou un érythème fessier (dans de rares cas, le muguet est important chez le bébé, et ce dernier peut avoir la bouche douloureuse) ; cependant, on peut ne retrouver aucun symptôme autre que la douleur caractéris-tique décrite par la mère


On recherchera l’existence de facteurs favorisants :

· prise d’antibiotiques, crevasses persistantes qui favoriseront la surinfection par le Candida
· existence chez la mère d’un autre site de candidose (vagi-nale…)
· fatigue, carence … et en général tout ce qui abaisse le ni-veau immunitaire de l’organisme
· port fréquent de coussinets d’allaitement, qui créent un environnement humide, vêtements favorisant la macération, obésité
· prise d’une pilule à visée contraceptive contenant des oes-trogènes, traitement par des stéroïdes
· mauvaise hygiène, ou, au contraire, utilisation répétée de savons et produits de toilette agressifs pour la peau
A noter : le risque de candidose est nettement plus élevé en cas de diabète ou de trouble immunitaire grave (séropositivité pour le VIH, certains cancers…) ; la survenue, chez une mère, de candidoses récidivantes doit faire rechercher une telle patho-logie.

D’autres problèmes peuvent avoir pour conséquence des mamelons douloureux. Il faudra donc interroger soigneusement la mère, examiner les seins et assister à une tétée dans toute la mesure du possible, pour apprécier la mise au sein et la succion de l’enfant. Les caractéristiques de la douleur sont le critère diagnostique le plus fiable. La douleur éprouvée lors d’une mise au sein incorrecte est maximale en début de tétée, et diminue ensuite. Celle liée à un réflexe d’éjection diminue aussi pendant la tétée. Un vasospasme peut induire une douleur présentant des caractéristiques similaires, mais il s’accompagne de modifications caractéristiques de la couleur du mamelon. Un bébé en âge de percer des dents peut serrer le mamelon entre ses gencives (le mamelon est blanc après la tétée). Un herpès induira des lésions cutanées spécifiques. Les mamelons peuvent être le siège d’un eczéma, d’une allergie de contact ou d’un psoriasis. Le recours à un dermatologue pourra être utile pour faire un diagnostic précis. Pratiquer un prélèvement pour recherche du Candida sur la peau ou dans le lait est inutile. Le Candida étant un hôte normal, ni sa présence ni son absence sur les cultures ne prouvent quoi que ce soit (de plus, les facteurs immunologiques du lait – lyzosyme, IgA – inhibent le Candida).


Traitement

Le but essentiel du traitement n’est pas de supprimer le Candida (il ne faut pas perdre de vue le fait qu’il est un germe saprophyte), mais de l’amener à reprendre sa place « normale » dans notre flore. Cela peut se faire en utilisant des produits qui limiteront sa prolifération, et en rétablissant des conditions qui restaureront la flore normale et le niveau immunitaire.

La mère et l’enfant seront traités simultanément et pendant la même période de temps, et ce même si l’enfant ne présente aucun symptôme. Pour limiter le risque de récidive, ce traitement sera long ; les spécialistes recommandent de le poursuivre jusqu’à 2 semaines après disparition de tous les symptômes ; il sera donc très important d’expliquer à la mère les raisons d’un traitement aussi long. On pourra utiliser des traitements locaux et généraux, seuls ou en conjonction. Les traitements locaux devront être appliqués sur toutes les zones atteintes. La mère peut allaiter en commençant la tétée par le sein le moins douloureux, et en faisant de petites tétées courtes et fréquentes. Si les mises au seins sont trop douloureuses, la mère pourra tirer son lait pour le donner à son bébé pendant quelques jours, en attendant que la situation s’améliore.

Traitements locaux

Le violet de gentiane

Il reste un très bon traitement pour les candidoses, y compris chez des femmes pour qui les autres traitements antifongiques ont échoué, même si des résistances apparaissent depuis quelques années. Il est normalement facile de se le procurer, il est spécifique de la candidose (s’il n’est pas efficace il faudra suspecter une autre cause au problème), il est efficace rapidement et il est peu coûteux. Son seul défaut est d’être très salissant. On utilisera une solution aqueuse à 1% de violet de gentiane, selon des modalités très précises. La poudre étant peu soluble dans l’eau, le pharmacien préférera généralement la dissoudre dans quelques gouttes d’alcool, puis rajouter l’eau ; la solution finale ne contiendra pas plus de 5 à 10% d’alcool, ce qui ne risque pas d’irriter les muqueuses. C’est le traitement recommandé en première intention dans la consultation de lactation dirigée par le Dr Jack Newman. Il en décrit les modalités dans un feuillet, dont voici le résumé.

Utiliser le violet de gentiane

Nous pensons que le violet de gentiane reste le meilleur traitement en cas de douleur mammelon-naire due au Candida albicans. Il est très souvent efficace rapidement. C’est un traitement salissant, qui tache durablement les vêtements mais pas la peau ; les lèvres du bébé deviendront violettes, mais cette coloration disparaîtra quelques jours après la fin du traitement. Environ 10 ml de violet de gentiane suffisent amplement pour toute la durée du traitement.

Bon nombre de mères préféreront l’appliquer juste avant de se coucher, ce qui leur permettra de laisser leurs seins à l’air et évitera de tacher les vêtements (sinon, utiliser un vieux soutien-gorge).
· Dénuder largement l’endroit où le violet de gentiane sera appliqué
· Tremper un coton-tige dans la solution, et le donner à sucer au bébé pendant quelques secondes ; en général, le violet de gentiane se répandra rapidement dans sa bouche ; si nécessaire, passer le coton tige dans la bouche du bébé pour bien badigeonner l’intérieur des joues et la langue.
· La mère mettra ensuite immédiatement son bébé au sein : les mamelons seront traités par la même occasion.
· Si, après la tétée, les lèvres du bébé et les mamelons de la mère sont violets, il n’y a rien de plus à faire. Si un mamelon n’est pas bien coloré, la mère appliquera du violet de gentiane avec un coton-tige.
· Ce traitement sera répété une fois par jour pendant 3 à 4 jours.
· Après les autres tétées, la mère appliquera un autre antifongique local sur ses seins et dans la bouche du bébé

Souvent, un soulagement survient dès les premières heures qui suivent la première application, la douleur ayant plus ou moins disparu au bout de 3 jours. Le violet de gentiane sera alors arrêté, tan-dis que l’application de l’autre antifongique local sera diminuée progressivement pour être stoppée au bout d’environ 1 semaine. Si les symptômes douloureux se sont nettement améliorés mais n’ont pas totalement disparu (ou s’ils ont disparu chez la mère, mais que le bébé présente toujours un muguet), il est possible de continuer le traitement au violet de gentiane pendant 1 à 3 jours, ainsi que l’application de l’autre antifongique local. Dans tous les cas, le traitement au violet de gentiane ne sera pas poursuivi au-delà d’un total de 7 jours.

Si aucune amélioration n’est observée, il faut envisager la possibilité que le problème ne pro-vienne pas d’une candidose (bien que le Candida commence à devenir résistant au violet de gentiane, comme il l’est de plus en plus souvent aux antifongiques les plus courants). Il peut aussi y avoir un autre problème, qui continue à rendre les mamelons douloureux même après guérison de la candi-dose. Quoi qu’il en soit, si le problème persiste, arrêter le violet de gentiane et réévaluer soigneusement la situation.

Lorsque la solution est trop concentrée, trop alcoolisée, ou utilisée pendant trop longtemps, il peut arriver, exceptionnellement, que le bébé développe des lésions buccales douloureuses qui l’amèneront à refuser le sein. Dans ce cas, ou si le bébé semble avoir mal à la bouche pendant la tétée, il faudra arrêter immédiatement le violet de gentiane, et consulter un professionnel de l’allaitement. Ce problème disparaît dans les 24 heures.

Si la candidose récidive, on peut recommencer le traitement décrit ci-dessus. Mais un 3ème épisode de candidose devra amener à chercher une cause à cette réinfection. L’origine peut être la mère, qui est porteuse chronique du Candida albicans même si elle ne présente aucun signe d’infection ailleurs que sur les mamelons, une tétine que l’enfant porte régulièrement à la bouche… Dans ce cas, un traitement par voie générale, allié au traitement local avec le violet de gentiane pourra éliminer tout risque de réinfection.


D’après : Using gentian violet – Feuillet n°6 – Révisé en janvier 1998
D’ Jack Newman – Pédiatre – Responsable d’une consultation de lactation – Toronto – Canada

Antifongiques locaux

Ils peuvent être utilisés en même temps que le violet de gentiane chez la mère et l’enfant : suspensions buvables, crèmes ou gels (à base de kétoconazole, miconazole, éconazole…). Les suspensions buvables seront appliquées sur les seins et dans la bouche du bébé à l’aide d’un coton tige ; pour administrer au bébé les crèmes et gels, le plus facile est que la mère en mette sur son doigt et le donne à sucer à son bébé. Le Candida ayant un cycle reproductif d’environ 1 heure à 1 heure 1/2, le traitement sera appliqué après chaque tétée (toutes les 3 heures environ). Une pommade telle que le Mycolog sera souvent très utile ; sa composition lui permet de traiter tant la candidose que l’inflammation et une éventuelle surinfection bactérienne. Quelques cas de grève de la tétée suite à l’application de ces produits ont été rapportés par des mères, attribués au goût peu agréable de ces produits.

Autres mesures locales

Le Candida est sensible aux modifications de pH. La mère pourra donc, avant application d’un traitement local, rincer les zones atteintes à l’aide de vinaigre blanc dilué (une cuillère à soupe pour une tasse d’eau). On peut aussi utiliser du bicarbo-nate de soude (une cuillère à café rase pour une tasse d’eau) ou de l’eau de Vichy. Exposer les zones atteintes au soleil pendant quelques minutes plusieurs fois par jour accélérera la guérison.

Traitement général

En cas d’échec du traitement local, ou d’emblée si la candi-dose semble sévère, un traitement par voie générale sera nécessaire. Il durera au grand minimum 2 semaines, et il est recommandé de le poursuivre jusqu’à 14 jours après disparition des symptômes. On peut utiliser le kétoconazole (Kétoderm®, Nizoral®), le miconazole (Daktarin®, Miconazole®)… Les candidoses s’avèrent de plus en plus résistantes aux antifongiques plus anciens, tout au moins aux USA (le problème est moins aigu en France). Actuellement, les spécialistes commencent à recommander l’utilisation du fluconazole (Triflucan®), selon les modalités décrites par le Dr Jack Newman.

Mesures d’hygiène

Pour éviter tout risque de recontamination, la mère devra impérativement appliquer rigoureusement un certain nombre de mesures d’hygiène :
· se laver soigneusement les mains après avoir touché une zone atteinte par la candidose ; laver soigneusement les mains du bébé s’il a l’habitude de se sucer les doigts
· jeter après chaque tétée les coussinets d’allaitement jeta-bles ; changer à chaque tétée les coussinets lavables, et les laver à l’eau savonneuse très chaude
· tout matériel qui vient en contact avec le sein (tire-lait) ou avec la bouche du bébé (en cas de muguet – jouets, sucettes…) devra être stérilisé quotidiennement, soit par ébullition, soit par désinfection à l’eau de Javel ; nettoyer à l’eau javellisée la baignoire du bébé, le matelas à langer…· en milieu et en fin de traitement, jeter les tétines et sucettes, et en utiliser de nouvelles
· pendant la durée du traitement, porter sur la peau des vête-ments qui peuvent être lavés à l’eau très chaude, et rincés à l’eau de Javel ; laisser sécher le linge au soleil si possible ; changer quotidiennement de soutien-gorge
· la congélation ne tue pas le Candida ; si la mère tire son lait pendant un épisode de candidose, elle peut le donner à son bébé dans les jours suivants ; certains auteurs pensent que ce lait ne devrait pas être donné au bébé lorsque la candidose sera guérie, sous peine de récidive ; toutefois, rien n’a jamais démontré que le lait humain puisse transmettre une candidose (d’autant qu’il contient des facteurs inhibant le Candida).

Eviter les récidives

Pour éviter une réinfection, le traitement devra être poursuivi suffisamment longtemps avec persévérance. Chez certaines mères, des mois de traitement variés ne viendront pas à bout du problème, ou la candidose récidivera dès arrêt du traitement. Aider la mère nécessitera alors une investigation poussée et la mise en œuvre de mesures moins classiques.
En cas de réinfection chronique, il faudra enquêter très soi-gneusement sur toute la famille et l’environnement ; le Candida peut se dissimuler dans des lieux totalement inattendus ; chan-ger les brosses à dents de toute la maisonnée, vérifier les dentiers, passer minutieusement en revue tous les membres de la famille sans oublier les animaux familiers …

Il ne faut pas perdre de vue que le Candida est un germe saprophyte, et qu’il ne devient pathogène qu’en cas de déséquilibre. Si une mère présente des candidoses mammaires à répéti-tion, il sera bon de s’assurer que la mère ne souffre pas d’un problème tel que carence, diabète, infection à VIH, ou autre problème connu pour abaisser le niveau immunitaire de la per-sonne atteinte.

La prévention des candidoses par le contrôle de l’alimentation a ses adeptes. Il semble qu’une alimentation pauvre en sucres rapides et riche en produits tels que les yaourts diminuerait le risque de candidose ; on peut aussi éliminer les aliments contenant des levures alimentaires (fromage, vin, vinaigre…). De telles mesures, si elles n’ont pas fait l’objet d’une évaluation scientifique, ne présentent en tout cas aucun inconvénient, et ont aidé certaines mères à venir à bout d’une candidose rebelle à toute autre mesure. Des mères ont été très satisfaites de la prise de Lactobacillus acidophilus et/ou de Bifidobacterium bifidum. L’ail est un bon stimulant du système immunitaire, utilisé depuis des siècles pour combattre les infec-tions (soit les gousses d’ail, soit des capsules pour les personnes qui n’en aiment pas le goût). La consommation de céréales complètes permet d’avoir une flore intestinale de meilleure qualité que celle observée chez des personnes consommant des céréales raffinées. Un complexe de vitamine B peut aider. Cer-taines mères se sont trouvées bien de la prise d’oligo-éléments stimulant le système immunitaire (argent colloïdal, complexe cuivre-or-argent), de vitamines, ou de propolis (per os ou en applications locales).

Traitement au long cours d’une candidose mammaire par fluconazole


Long-term treatment of a breastfeeding mother with fluconazole-resolved nipple pain caused by yeast : a case study.
V Bodley and D Powers. JHL 1997 ; 13 : 307-311.


Cette mère avait déjà allaité ses deux enfants précédents pendant une longue durée. Sa 3ème grossesse avait été normale, en dehors d’un traitement antibiotique pour suspicion de mas-tite pendant le second trimestre de grossesse. Elle s’est présentée à J13 avec son troisième enfant pour une douleur mammaire extrêmement intense (presque syncopale) à chaque tétée. La douleur avait débuté dès les premiers jours, et elle durait pendant toute la tétée.

L’examen des seins a retrouvé des crevasses sur les deux mamelons, ainsi qu’une zone indurée, rouge et douloureuse sur le quadrant supéro-externe du sein droit. L’observation de l’enfant au sein a montré qu’il prenait correctement le sein, et que sa succion était parfaite. Pendant la tétée, le bébé était très calme, en dépit de la tension maternelle visiblement très forte due à la douleur éprouvée. Il n’y avait aucun signe particulier de candidose sur les mamelons, et l’enfant ne présentait aucun signe de candidose buccale ou d’érythème fessier.

La mère avait déjà consulté son médecin traitant quelques jours plus tôt ; ce dernier avait suspecté une mycose et prescrit l’application locale d’un antifongique ; la mère l’appliquait 2 fois par jour depuis 2 jours, sans qu’il y ait d’amélioration. Elle prenait aussi de la dicloxacilline, prescrite par son obstétricien pour suspicion de mastite. La consultante en lactation a discuté avec la mère de l’intérêt d’un traitement au fluconazole en cas de candidose persistante, et lui a donné de la documentation médicale sur cette molécule, à donner à son médecin traitant. En raison du peu de données existant sur son utilisation pen-dant l’allaitement, le médecin a préféré prescrire de la nystatine per os à la mère et à l’enfant, ainsi qu’un antalgique à base de paracétamol et de codéïne, la mère continuant à appli-quer l’antifongique localement.

Après 5 jours de traitement, l’induration du sein droit avait disparu, mais les crevasses étaient toujours présentes, la dou-leur toujours aussi intense, et devenue permanente. Le médecin traitant de la mère étant absent, la consultante en lactation lui a conseillé de consulter un spécialiste dans le traitement des mycoses ; celui-ci a recommandé une prise initiale de 200 mg de fluconazole, suivie d’un traitement de 15 jours avec 100 mg/jour de fluconazole, la mère devant poursuivre le traitement local sur les mamelons, et le traitement antifongique chez l’enfant ; on lui a aussi prescrit un dosage plus élevé d’antalgique, ainsi que la prise quotidienne de Lactobacillus acidophilus.
La prescription antalgique s’est avérée efficace ; la douleur était facilement tolérée par la mère, mais tant elle que son enfant étaient somnolents pendant la majeure partie de la jour-
née ; la posologie en a été abaissée. Cependant, au bout de 15 jours de ce traitement, il n’y avait qu’une légère amélioration, la mère ne pouvant rester plus de quelques heures sans antalgi-ques. Elle a donc reçu une nouvelle prescription de fluconazo- le : 200 mg/jour pendant 15 jours. Pendant ce traitement, la situation s’est graduellement améliorée, la mère pouvant ré-duire la prise d’antalgique sans que la douleur soit insupportable.

A la fin du traitement antifongique, la mère n’avait plus mal pendant les tétées (sauf en début de tétée) ; toutefois, la douleur revenait entre les tétées ; par ailleurs, les mamelons étaient toujours crevassés. La consultante en lactation a suggéré à la mère d’utiliser des bouts de sein, en lui expliquant leurs in-convénients potentiels, et comment les minimiser autant que faire se pouvait. Après nouvelle concertation avec le spécialiste, la poursuite du traitement maternel par fluconazole (200 mg/jour pendant 2 à 4 semaines) a été décidée, l’enfant étant toujours traité par nystatine ; on a aussi prescrit à la mère l’application locale d’un traitement antifongique et bactéricide.

Après 6 semaines de traitement par fluconazole (8 semaines post-partum), un bilan biologique a été effectué chez la mère et l’enfant, pour rechercher un éventuel effet iatrogène du fluco-nazole ; les résultats étaient dans les limites de la normale. Les crevasses cicatrisaient lentement, et la douleur diminuait pro-gressivement. La mère a tenté de supprimer les bouts de sein, avec pour résultat la réapparition immédiate des crevasses. On a donc décidé de supprimer les bouts de sein très progressive-ment sur plusieurs semaines. A 16 semaines post-partum, la mère n’utilisait plus les bouts de sein ; les mamelons étaient encore sensibles, mais uniquement en début de tétée ou lorsque les tétées étaient très fréquentes. Le suivi à 9 mois post-partum a montré que la mère allaitait toujours. Elle continuait à pren-dre quotidiennement le Lactobacillus, car si elle cessait de le prendre, elle recommençait à avoir les mamelons douloureux.

Certaines personnes semblent prédisposées aux mycoses tenaces, qui ne répondent pas à un traitement classique. Dans le cas présenté ici, 6 semaines de traitement au fluconazole ont été nécessaires pour obtenir une sédation des symptômes jugée suffisante. Le fluconazole semble donc utilisable à ces posologies et pendant une telle durée chez la femme allaitante. Il sera cependant utile de surveiller l’enfant, et de pratiquer un bilan sanguin chez la mère et l’enfant après quelques semaines de traitement. La douleur intense ressentie dans certains cas par la mère étant une cause fréquente de sevrage précoce, il ne faut pas sous-estimer l’importance d’un traitement antalgique efficace comme étant une composante majeure du traitement.


F. RAILHET

Références – Bibilographie :

· Using gentian violet. J Newman, n°6, Jan 1998.
· Fluconazole. J Newman, n°20, Jan 1998
Le texte original des feuillets du Dr Jack Newman peut être obtenu sur Internet, à l’adresse suivante : http://www.erols.com/cindyrn/drjack0.htm (en anglais), http://perso.wanadoo.fr/ipa (traduction française). La traduc-tion française peut aussi être obtenue par courrier, contre une enveloppe timbrée (à demander à Françoise Railhet, 68, rue PV Couturier, 93330 NEUILLY SUR MARNE).
· Painful nipples – Is it yeast ? V Nichols-Johnson. ABM News and Views 1995 ; 1(2), 5-6.
· Therapy for trush. P Gima. Lactnet, 13/05/1998.
· Candidiasis and breastfeeding. L Amir, K Hoover and C Mulford. Lactation Consultant Series 18, LLLI, 1995.
· Breastfeeding – A guide for the medical profession. R Lawrence. Mosby, 1994.
· The breastfeeding answer book. N Mohrbacher and J Stock/ LLLI, 1997.
· Breastfeeding and human lactation. J Riordan and K Auerbach. Jones and Bartlett, 1998.
· Bestfeeding : getting breastfeeding right for you. M Renfrew, C Fisher and S Arms. Celestial Arts, 1990.

www.lllfrance.org


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